mercredi 15 avril 2009

L’effet d’inertie appliqué aux organisations.

Inertie

Comme vous pouvez le constater à la lecture de mon profil, j’habite la ville de Candiac. Pour ceux qui sont familiers avec mon coin de pays vous avez remarqué que Candiac connait, au cours des dernières années, une croissance fulgurante. Plusieurs jeunes familles viennent s’y installer ce qui provoque un important boom immobilier.

La croissance de la construction résidentielle augmenta le bassin de population ce qui attira, bien évidemment, de nouveaux commerces de détail et de services.

Jusque là rien de bien surprenant me direz-vous, et bien c’est justement là, à cet instant précis que ça devient intéressant.

Si c’est évident pour moi.

Si c’est évident pour vous.

Alors c’est assurément évident pour les commerçants en place depuis plusieurs années.

Non?

L’augmentation rapide de la population de la ville amène nécessairement de nouveaux commerces ce qui intensifie la concurrence.

Merci de me confirmer cette évidence car à regarder aller l’épicerie et la pharmacie du coin, il y avait matière à se poser des questions.

Je m’explique.

Au départ deux pharmacies et une épicerie sont présentes sur le territoire afin de répondre aux besoins des habitants de Candiac. Ces commerces sont en situation de mini-monopole étant les seuls physiquement sur place. Il y a bien une autre épicerie pas trop loin, dans la ville voisine, mais chacun s’est trouvé une niche confortable et tout baigne.

Ces commerces offrent une belle gamme de produits. La qualité du service sans être fabuleuse est «correct» mais dans un marché où l’intensité concurrentiel est à feu moyen il n’y a pas réellement de danger.

Petite vie tranquille en banlieue…

Jusqu’au jour où on annonce la venue d’une nouvelle épicerie et d’une nouvelle pharmacie dans un horizon temporel de douze mois. Ces nouveaux commerces seront tout neufs, plus grands et mieux positionnés géographiquement.

Voyant la nouvelle, je fait remarquer à ma conjointe que les commerces en place devront rehausser leur jeu d’un cran s’ils veulent conserver leurs parts de marché. Mettant en pratique ce que je prêche je mentionne qu’ils devront trouver un avantage concurrentiel durable et l’exploiter au maximum. Ils devraient, selon moi, utiliser la prochaine année à leur avantage afin de se préparer adéquatement.

Étant très intéressé par la gestion et par les affaires, je pris donc un malin plaisir à analyser les faits et gestes de ces commerçants afin d’y déceler, d’identifier les stratégies misent en place pour contrer cette concurrence annoncée.

La conclusion de cette observation?

Nada.

Rien.

Patate.

C’est comme si j’étais le seul à être au courant.

Ha, il y eut bien sûr la rénovation de l’épicerie mais rien pour se donner un avantage concurrentiel quelconque. Une simple mise-à-niveau pour pouvoir jouer dans la même ligue que la nouvelle épicerie.

Donc, rien d’apparent afin de conserver les parts de marché, pas de promotions, de nouveaux services et/ou produits, aucune amélioration de l’expérience client…rien!

Pourtant, si l’on revient au début de ce billet, la venue de ces concurrents était d’une part évidente et d’autre part annoncée.

Ces commerçants ne peuvent plaider l’ignorance.

Alors comment expliquer le phénomène?

Certains pourraient alléguer que les commerces en place croient qu’il y de la place dans ce marché pour ces nouveaux joueurs sans que cela les affectent. Honnêtement, c’est un pari qui me semble risqué. Il y a bien une croissance démographique, mais à ce point, je ne crois pas.

Après réflexion, il y a, selon moi, deux explications possibles.

Premièrement le phénomène s’explique tout simplement par la physique. Il s’agit de l’effet d’inertie:

«c'est-à-dire que les phénomènes observés proviennent du fait qu'il faut fournir un effort pour modifier le mouvement initial d'un objet (« tout corps jeté dans l'espace tend à reproduire son mouvement à l'infini »

Même si ces entreprises voient le danger et veulent changer elles sont incapables de le faire. Elles font les choses d’une certaine façon depuis si longtemps que la force nécessaire pour amorcer un mouvement inverse est trop importante d’où leur état d’inertie.

En outre, cet état d’inertie les rend d’autant plus vulnérables qu’en étant pratiquement arrêtés l’accélération se fait plus lentement qu’un concurrent qui est, lui, en mouvement.

C’est ce que je me tue à expliquer à mon plus vieux qui est défenseur au hockey. Un bon défenseur doit toujours être en mouvement, jamais arrêté car si l’attaquant de l’autre équipe prend possession de la rondelle, fonce vers la zone adverse et que le défenseur est statique, l’attaquant le dépassera bien avant qu’il ne s’aperçoive de ce qui lui arrive.

Il en va de même avec les organisations. Une entreprise qui s’endort et adopte une routine confortable ne pourra déployer l’énergie nécessaire afin de modifier sa trajectoire lorsque se sera nécessaire.

La deuxième explication tire sa source du paradoxe d’Icare et des pathologies organisationnelles. Certaines grandes bannières se croient invincibles à tel point que l’analyse de l’environnement externe leur semble non-pertinente. Leur modèle d’affaires est le meilleur et même si les signaux sont omniprésents l’organisation ne s’en préoccupe pas, tout affairée qu’elle est à se convaincre qu’elle est assez forte pour dicter au marché ce dont il a besoin. (GM??)

Peut être suis-je dans l’erreur mais, en tout cas, pour l’heure, le stationnement de l’épicerie initiale me semble bien vide…….

Qu’en pensez-vous?

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