mercredi 17 septembre 2008

Wal-Mart le banquier.

Après Canadian Tire et Loblaw Cos, voilà que Wal-Mart désire obtenir du gouvernement canadien le statut de banque.

Ce qui semble incongru à priori est en fait la suite logique du décloisonnement de plus en plus prononcé de l'industrie des services financiers au Canada. Le but avoué de Wal-Mart est d'offrir sa propre carte de crédit ainsi que des prêts d'intérêts à faible taux mais le moment où les prêts hypothécaires ainsi que les comptes chèques seront inclus à l'offre de service n'est peut-être pas si lointain.

Lorsqu'un consommateur recherche une institution financière ou des services financiers précis, il peut, en 2008, prendre en considération beaucoup plus que seulement les institutions traditionnelles (banques et caisses) car de nombreuses possibilités sont maintenant disponibles. Des compagnies d'assurance en passant par les courtiers, jusqu'à des joueurs comme ING, Canadian Tire et j'en passe!?

Avouons que l'offre est complète et la concurrence féroce.

Pas étonnant donc que les professionnels oeuvrant dans ce domaine trouvent que les exigences sont de plus en plus élevées. Concurrence oblige. Chacun désirant obtenir à peu près la même part d'un gâteau qui ne grossit pas aussi vite que l'arrivée de nouveaux joueurs.

Mais revenons à Wal-Mart. Il sera intéressant de voir le modèle d'affaires qu'utilisera l'entreprise en ce qui à trait aux services financiers. Il existe déjà un «Wal-Mart des services financiers». ING joue présentement ce rôle en offrant aux consommateurs des taux extrêmement intéressants. Il s'agit donc d'un positionnement stratégique axé sur le prix (taux). L'entreprise à une structure de coût minime, peu ou pas de conseil mais des taux, donc un prix, difficile à concurrencer. Est-ce que Wal-Mart tentera d'exporter son modèle d'affaires de détail aux services financiers? Si tel est le cas l'entreprise entrera en compétition avec l'ensemble des institutions financières mais beaucoup plus directement avec ING.

Bien sûr, l'objectif principal est d'implanter une carte de crédit qui permettra potentiellement d'augmenter les ventes mais aussi de diminuer les coûts des transactions de paiement. Mais une fois cette première étape franchie, quelle sera la stratégie et les intentions de Wal-Mart?

Avouons que la compagnie a mauvaise presse et que sa réputation de rouleau compresseur laisse songeur quand on se met à réfléchir en mettant bout à bout le terme Wal-Mart avec banquier. Bien que les tarifs risquent d'être fort intéressants, quels seront les pratiques d'affaires de Wal-Mart dans le domaine du service à la clientèle, des conseils financiers (si existants) et surtout, du recouvrement.

En fait, c'est cette crainte, soit celle de l'exportation du modèle d'affaires actuelle qui a fait avorter la tentative, par Wal-Mart, d'exploiter une banque en sol américain. La peur des banques de voir le rouleau Wal-Mart prendre d'assaut leur industrie mais aussi la crainte des syndicats de voir cette entreprise ouvertement anti-syndicale faire une percée dans un autre secteur que celui de la vente au détail a généré une opposition efficace. Un bon résumé de la situation américaine par ici.

Pour ma part je ne suis pas opposé à la demande de Wal-Mart. Je suis favorable à une saine concurrence et aux lois du marché. Pour quelles raisons devrions-nous nous opposer à cette requête? La peur? La crainte? Ce n'est malheureusement pas suffisant. Si Wal-Mart devient un rouleau compresseur en raison de sa performance et de son succès en tant que banquier se sera aux autres acteurs du milieu de devenir meilleur.

Par contre, et cet aspect des choses est primordial. En tant que nouveau banquier, Wal-Mart devra respecter l'ensemble de la législation s'appliquant à cette industrie En ce sens, aucun écart ne devra être toléré. Il s'agit d'une industrie fortement réglementée, et ce, afin de protéger adéquatement la confiance et les avoirs des consommateurs. C'est via le respect de nos lois que nous devons encadrer Wal-Mart (si nécessaire), pas en lui refusant l'accès au titre de banquier.


Le trois novembre est la date butoir afin de faire valoir des objections à cette demande. Il sera donc intéressant de suivre le dossier.

À ceux qui s'objectent, comment refuser à Wal-Mart ce que l'on vient d'accorder à Canadian Tire? Votre argumentation devra en tenir compte car les Walton, eux, y penseront, assurément.

Et vous? Qu'en pensez-vous?





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